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Coline Mazeyrat et Dorothée Barth ont créé Jho, une marque de protections hygiéniques en coton bio

Coline Mazeyrat et Dorothée Barth préservent la santé intime des femmes avec les protections hygiéniques en coton bio « Jho ». L’entreprise lancée en avril 2018 est née suite au scandale sur le danger toxique des tampons.

©Zosia D'Hermies
©Zosia D’Hermies

Préserver la santé intime des femmes grâce à des protections hygiéniques « saines ». Lancée en avril dernier par Coline Mazeyrat, 31 ans, et Dorothée Barth, 41 ans, Jho est une marque de tampons, serviettes hygiéniques et protège-slips en coton biologique. L’envie de se lancer dans cette aventure entrepreneuriale a germé un an plus tôt, après la diffusion du reportage Tampon, notre ennemi intime sur France 5. Réalisée par la journaliste Audrey Gloaguen, cette enquête-choc lève le voile sur un objet si souvent utilisé par les femmes mais finalement peu connu : le tampon hygiénique. 

Pour blanchir la cellulose, cette matière végétale qui prend alors l’apparence du coton, les fabricants de tampons classiques recourent au dioxyde de chlore. Seulement voilà : cette méthode crée de la dioxine, un perturbateur endocrinien toxique et cancérigène. « J’ai été horrifiée d’apprendre sa composition, et choquée de ne m’être jamais posé la question ! », avoue Dorothée, ancienne journaliste spécialisée dans la santé. Pour Coline, marketeuse digital, ces révélations font trois dans le dos : « On met du chlore et des glyphosates tous les mois dans notre corps. C’est hyper cynique parce que c’est quand même la zone la plus vulnérable de la femme », déplore-t-elle. 

Santé de la femme et éthique de fabrication

Pour que les femmes continuent à se protéger pendant leurs règles sans perturber leurs habitudes de consommation, Coline et Dorothée proposent des produits naturels. Les Nantaises assurent que leurs protections hygiéniques ne contiennent ni additif, ni composant toxique. « C’est beaucoup plus cher de fabriquer en coton bio. Mais la cellulose blanchie au chlore qu’utilisent les autres marques nécessite d’ajouter des produits absorbants. Avec le coton, ce n’est pas la peine », souligne ColineComme tout tampon hygiénique, il est tout de même recommandé de le retirer après six heures d’utilisation, afin d’éviter les risques de syndrome du choc toxique (SCT).

 « Nos tampons n’empêchent pas le SCT mais sur le long terme, ils réduisent les risques de cancer féminin, d’infertilité et d’endométriose »,

précise ColineFabriquées en Espagne, ces protections hygiéniques ont reçu la certification des labels GOTS et ICEA, qui garantissent la qualité biologique du coton ainsi que l’éthique de fabrication depuis son lieu de culture (Inde, Pakistan, Turquie). « Ils s’assurent que l’on n’a pas asséché un lac et mis toute une population dehors pour cultiver le coton, ou que l’on ne fait pas travailler d’enfants, par exemple », explique la jeune femme. Et d’ajouter : « Notre objectif à terme serait d’aller sur place pour vérifier que tout est vraiment clean. » 

Un engagement au-delà des frontières

Jho est porté sur l’humanitaire. Avant d’entamer sa carrière professionnelle, Dorothée s’est d’ailleurs lancée dans des missions d’éducation à Madagascar, pendant deux ans. Une philanthropie qu’elle met aujourd’hui au service des femmes, à travers son entreprise. Une partie des recettes de Jho est destinée à distribuer des protections hygiéniques à celles qui sont dans le besoin, grâce aux associations W4 et Gynécologie sans Frontières. La première organise des ateliers de fabrication de serviettes réutilisables auprès des femmes, en zones rurales et dans les camps de réfugiés au Nord du Cameroun. Cette ONG brise aussi le tabou des règles dans la même région. La seconde offre des serviettes hygiéniques et tampons bio à des réfugiées dans le Pas de Calais. Deux projets qui comptent pour les cofondatrices de Jho : « Ces femmes n’ont plus rien, elles ont perdu des membres de leur famille, ont souvent subi le viol dans leur périple. Le don de serviettes hygiéniques par les associations est un tout petit soulagement dans leurs souffrances quotidiennes », déplore Dorothée.

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©Zosia D’Hermies

Jho conquiert le coeur des hommes

A la grande surprise de Coline et Dorothée, la gente masculine se sent aussi concernée, sinon plus, par leurs produits : « On rencontre des papas qui veulent le meilleur pour leur fille. Un homme a aussi passé commande pour sa copine. C’est hyper chouette de voir ça. Ca montre que ça change et c’est hyper motivant », raconte Coline. Si Jho conquiert le coeur des consommateur(rice)s, c’est aussi grâce à l’humour de leurs co-fondatrices. Sur leur site Internet et sur leurs boîtes, elles adoptent un ton léger. Une attitude qui leur ressemble, s’amuse Coline« C’est déjà tellement flippant de réaliser qu’on se met des produits toxiques dans le corps tous les mois, on peut se moquer gentiment des marques. Et puis ça fait partie de notre personnalité ! ». 5 mois après le lancement, Coline et Dorothée possèdent plus de 2000 clientes. Et elles ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Vendus exclusivement en ligne, leurs produits seront bientôt commercialisés en boutiques. 

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