Linda Wakam et Marie Tourliere © Copyright – Avenue des Rêveries
Entrepreneuses

Comptoir des Noces : les wedding-planners Linda Wakam et Marie Tourliere brisent les codes du mariage traditionnel en France

Linda Wakam a changé de voie professionnelle pour lancer son agence de wedding-planners avec Marie Tourliere en septembre 2016. Omniprésence sur les réseaux sociaux, modernisation du mariage… comment ces deux femmes sont parvenues – haut la main – à se frayer une place dans ce milieu si concurrentiel. INTERVIEW

Linda Wakam
Linda Wakam

Assister à des mariages était loin d’être son activité favorite. « J’avais l’image de mes parents qui m’y trainaient quand j’étais ado. Je m’ennuyais à mourir et je n’avais qu’une envie, c’était de rentrer », se souvient Linda Wakam. Ironie du sort puisque à 27 ans, elle et son amie Marie Tourliere rencontrée quelques années plus tôt sur les bancs d’une université de droit, ont lancé leur blog d’inspiration mariage. « Nos premières amies ont commencé à se marier et nous nous sommes surprises à être hyper impliquées dans l’organisation. L’idée nous est venue comme ça », raconte Linda. Dans les Baskets de la Mariée est né en juin 2014. Peu de blogs existaient sur cette thématique. Une aubaine pour Linda et Marie qui, « sans le savoir », figuraient parmi les « pionnières de l’univers du mariage ».
Au gré d’événements et de rencontres avec des entrepreneurs, l’envie de créer leur agence de wedding-planners a mûri. « Le marché du mariage était en transformation et on pouvait y apporter notre pierre à l’édifice », explique Linda avant de poursuivre : « On s’est aussi aperçu que ce n’était pas si angoissant d’être entrepreneur. C’est surtout une histoire d’organisation. » En septembre 2016, l’une devenue cheffe de produit chez Paco Rabanne et la seconde se destinant à une carrière d’avocate, ont tout largué pour créer leur entreprise, Comptoir des Noces. L’aventure est chargée de passion, belle et encourageante. En deux ans, Linda et Marie ont organisé une douzaine de mariages. Rencontre.

Pépites : Votre histoire a débuté avec le lancement de votre blog. Quel a été le déclic pour créer votre agence de wedding-planners deux ans plus tard ?

Linda : L’élément déclencheur a eu lieu lors d’un événement organisé par le groupe Marie-Claire au Carrousel du Louvre. On était invitées en tant que blogueuses pour animer un stand et on donnait des idées pour sortir des clichés horribles de l’EVJF comme le strip-teaser, le fait de ridiculiser la future mariée dans la rue, etc. Entre les séances d’ateliers, plusieurs personnes venaient nous voir en pensant qu’on était wedding-planners car nous avions créé toute une mise en scène sur notre espace, et nous ont vivement encouragées à se lancer dans l’aventure. Après le salon, 3 couples ont repris contact avec nous pour nous proposer d’organiser leur mariage. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire et on s’est lancées.

Comment avez-vous appris le métier ?

Je pense qu’on est très créatives de nature. Et moi dans mon métier d’avant je devais faire preuve d’organisation donc on avait déjà des compétences qui nous ont servies : anticiper les imprévus, avoir une grosse capacité de travail. Mais même si on a des réflexes, pour un mariage, il y a des choses qu’on apprend seulement en ayant fait des erreurs.

Quel est le premier conseil que vous donnez aux futurs mariés ?

C’est très bien de s’inspirer de ce qu’on voit sur Pinterest et sur les blogs mais une fois qu’on s’est rempli le cerveau, il faut faire abstraction. L’erreur que font toutes les mariées au début, c’est qu’elles ont beaucoup d’envies mais pas forcément le budget. On essaie de mettre les couples face à certaines incohérences pour qu’ils aient une idée de là où ils vont. Un budget estimé est toujours dépassé d’environ 20% parce les mariés peuvent avoir un coup de coeur pour un prestataire qu’ils n’avaient pas prévu au début.

Après avoir sélectionné les prestataires, en quoi consiste votre travail le Jour-J ?

En amont, on  gère la partie scénographie en fonction des envies des mariés. On leur propose deux ambiances différentes qui pourraient leur plaire puis on achète ou loue la déco qui servira à cette scénographie. Ensuite, le Jour-J, on est des sortes de cheffes d’orchestre entre tous les prestataires. On met un point d’honneur à ne pas marcher sur leur platebande et on nous a souvent complimentées là-dessus. Il nous arrive qu’on fasse appel à nous uniquement pour la coordination le Jour-J et qu’on ne connaisse pas les prestataires. Si lors de nos échanges, nous avons un petit doute sur le professionnalisme ou l’organisation de certains, nous renforçons notre briefing en amont pour éviter tout couac. En effet, s’il y a un problème le jour J, c’est vers nous que l’on se tournera. Donc, on anticipe au maximum.

Justement, aurais-tu une anecdote marrante ou un loupé de dernière minute à raconter ?

Ah bah oui ! (rires). Cet été on se chargeait de la déco et de la coordination d’un mariage. Les mariés avaient choisi un lieu qui imposait le DJ et le traiteur. Le DJ était très sympathique au téléphone mais à 30 minutes de la cérémonie, on s’est aperçues qu’il était en train de faire une sieste. Il s’était mis en pyjama et a engueulé sa femme car elle ne l’avait pas réveillé. On lui a fait comprendre qu’on n’était pas très contentes et on l’a pressé pour qu’il se rende à la cérémonie. Finalement, il est arrivé pile à l’heure et les invités n’y ont vu que du feu.

Vous écrivez sur votre site que vous souhaitez « convaincre la génération Y que le mariage peut avoir une image jeune et dans l’air du temps ». Penses-tu que le mariage a une image ringarde aujourd’hui ? 

J’avais vraiment cette image du mariage avec la mariée coiffée d’un chignon, la robe meringue, la queue de pie pour le marié, le dîner hyper guindé, les 400 invités choisis par les parents pour la majorité… Il y avait toute cette panoplie du mariage un peu kitsch qui a perduré pendant des siècles.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Les mariés s’autorisent et prennent plaisir à organiser une cérémonie qui leur ressemble davantage. Les cérémonies laïques se démocratisent, permettant aux couples qui ne se sentent pas en accord avec l’aspect religieux d’un mariage, de tout de même organiser un vrai moment d’échanges avec leurs proches. Et il n’est pas rare d’assister à des mariages où il y a plus d’amis que de famille, ou bien que les mariés embarquent leurs invités pour un week-end entier dans une région qui a du sens pour eux, voire à l’étranger. Pareil pour la déco, les mariés y accordent une importance particulière : ambiance vacances à la mer, à la montagne, barbecue géant, industriel chic, dans la forêt…il y a tellement de manières de créer une atmosphère à l’image des mariés !


Le nombre d’agences de wedding-planners a explosé ces 15 dernières années en France. Penses-tu que ce soit pour moderniser cette image du mariage ?

Je pense surtout que l’âge moyen des mariés qui n’est plus de 20 ans mais plutôt 30, y joue beaucoup. En général, les couples travaillent ou ont des enfants et n’ont pas forcément le temps de tout organiser. A l’inverse, ils ont un pouvoir d’achat plus important que lorsqu’ils étaient étudiants et sont capables de financer leur mariage eux-mêmes. Ca peut aussi être lié à la distance. Des couples qui se sont expatriés à l’étranger veulent se marier sur leur terre d’origine. Organiser son mariage à distance, c’est compliqué donc faire appel à un wedding-planner, ça a du sens. Les blogs et la presse informent également davantage sur ce métier alors le pas est plus facilement franchi.

Ça doit être hyper angoissant, même en faisant appel à un wedding-planner, d’organiser son mariage à distance…

Nous on essaie vraiment de les impliquer au maximum. On échange beaucoup par Skype, on gère le décalage horaire aussi… Parfois, les mariés invitent leurs proches à visiter les lieux qu’ils ont repérés sur Internet ou qu’on leur a proposés pour confirmer que ça leur plait. Ils font confiance à la meilleure amie, la mère, la soeur… C’est un peu comme quand tu loues une villa pour des vacances, tu te fies aux photos !

Sauf qu’il s’agit d’un mariage…

Oui, mais aujourd’hui les prestataires font vraiment en sorte que leurs photos correspondent le plus possible à la réalité. Un fleuriste va montrer sur Instagram ce qu’il est capable de faire, les lieux publient des photos en veux-tu en voilà… Nous on connait beaucoup de lieux mais le but c’est de pouvoir cerner au mieux les envies des mariés pour leur proposer 5 propositions avec des explications détaillées, les avantages, les inconvénients afin qu’ils se projettent. Ils présélectionnent ensuite 3 lieux à visiter. Si ce sont des personnes à l’étranger, on leur envoie des vidéos en leur suggérant l’emplacement du DJ, du dîner, de la cérémonie, etc. Une fois qu’ils ont visité les 3 lieux, ils font rapidement leur choix.

Comment parvenez-vous à défier la concurrence et à vous faire connaître ?

Avec Marie, nous avons eu la chance d’avoir un avantage non négligeable par rapport à une personne qui débute dans le milieu : nous avions notre blog. Les gens nous connaissaient déjà. Quand on a lancé Comptoir des Noces, on s’est servies de notre blog pour diffuser la création de notre société. Les gens qui nous lisaient, je pense, considéraient qu’on avait une légitimité parce qu’on évoluait dans l’univers du mariage depuis deux ans et demi.

J’imagine que le bouche-à-oreille fonctionne aussi beaucoup dans ce milieu ?

Oui, et puis on a compris qu’Instagram avait une importance non négligeable dans notre communication. Il ne faut vraiment pas négliger ce canal. On organise aussi des salons pour aller chercher nos clients.

Dirais-tu que lancer sa boîte à deux plutôt que seule est une force ?

Totalement ! On est hyper conscientes de la chance qu’on a de s’être trouvées. Dans notre groupe de potes on n’était pas forcément les plus proches et c’est vraiment le blog et la boîte qui nous ont rapprochées. On matche vraiment professionnellement et on se complète. Si Marie est pessimiste sur quelque chose, par exemple, je vais être hyper optimiste. On avait aussi des univers très différents – Marie adore ce qui est épuré, monochrome alors que moi j’adore la couleur – et on s’est aperçues qu’on s’est influencées l’une et l’autre. Dans nos rapports sociaux aussi sur le terrain, on est aussi complémentaires. Marie va tout de suite prendre le lead sur les prestataires tandis que moi, je vais plutôt chouchouter les mariés et les invités.

Quel conseil donnerais-tu aux femmes qui souhaitent lancer leur boîte ?

Je leur conseillerais de regarder ce qui se fait ailleurs pour savoir si leur idée est potentiellement viable et voir comment apporter leur touche personnelle et se créer une identité. Il faut aussi ne pas rester dans son coin, être active sur les réseaux sociaux. Il faut faire savoir qu’on existe.

L’organisation de mariages est devenue ton quotidien. Tu n’as pas peur de ne plus percevoir la magie de cet événement ?

Non, à chaque fois que j’assiste à un mariage que l’on a organisé, je me dis que je ne me lasserai jamais. On garde toujours quelques minutes pour assister à la cérémonie et c’est toujours très émouvant. C’est dans ces moments-là qu’on se dit qu’on est vraiment contentes de faire ce métier !

Et toi, envisages-tu de te marier ?

Je ne le voulais pas spécialement mais à force de voir des mariages tout le temps avec le blog et Comptoir des Noces, je pense que l’envie m’est venue. J’y pensais de temps en temps, sans pour autant que ce soit mon rêve absolu de petite fille. Il est vrai que le blog et les mariages que j’organise et auxquels je suis invitée – et qui me tirent systématiquement la larme à l’œil- ont probablement accru ma sensibilité et mon intérêt. Mais j’attendais de rencontrer la personne qui me donnerait envie de me marier. Maintenant que c’est chose faite, j’attends la demande (rires).

Si tu te maries, penses-tu léguer l’organisation à un wedding-planner ?

Ce sera Marie mon wedding-planner ! J’organiserai mon mariage moi-même en amont mais je sais que je pourrai me reposer sur elle pour driver certaines choses le Jour-J.

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