Pascale Causier
Briseuses de codes,  Interviews / Portraits

« J’ai suivi un accompagnement sexuel » : se réconcilier avec le sexe après un viol

Pascale Causier a été victime de deux viols à l’enfance et à l’adolescence. Dans son livre J’ai suivi un accompagnement sexuel – et cela devrait être un droit pour tous (éd. Dunod) qui paraît le mercredi 16 septembre, elle raconte comment Alex, « accompagnateur sexuel » en devenir, l’a aidée à se libérer de ses blocages et se reconstruire.

Reconquérir sa sexualité après avoir été violée. Pour Pascale Causier, abusée sexuellement à 12 et 17 ans, ce chemin vers l’épanouissement sexuel s’est avéré long et sinueux. « J’avais cette impression que le sexe était un prix à payer pour avoir de la tendresse. Ma sexualité était teintée d’idées préconçues : je refusais une fellation ou une sodomie parce que pour moi c’était avilissant », confie-t-elle. Après sa séparation avec son ex-mari, cette mère de deux enfants âgée de 53 ans s’est tournée vers les sites de rencontres, non sans difficulté : « Je me sentais totalement décalée. Je me suis dit ‘C’est fini pour moi.’ »

C’était sans compter sur sa rencontre avec Alex, qu’elle retrace à travers son ouvrage J’ai suivi un accompagnement sexuel – et cela devrait être un droit pour tous, publié chez Dunod le mercredi 16 septembre. Il y a plus de deux ans, alors qu’elle assiste à une conférence sur le développement personnel, Pascale tombe sur cet homme formé aux massages tantrique, suédois et tibétain. Alex lui explique qu’il envisage de devenir accompagnateur sexuel et lui propose de participer à l’expérimentation de son projet – lui en tant que professionnel et elle en tant que cliente. Elle finit par accepter. Cet accompagnement commence par des massages puis évolue vers la sensualité pour atteindre la sexualité. Une « thérapie » totalement illégale en France, que Pascale compare pourtant à une forme de renaissance. Interview.

 

Livre de Pascale Causier : "J'ai suivi un accompagnement sexuel - Et cela devrait être un droit pour tous" (éd. Dunod)
Livre de Pascale Causier : « J’ai suivi un accompagnement sexuel – Et cela devrait être un droit pour tous » (éd. Dunod) ©Pépites

Pépites : Vous évoquez souvent ce besoin de reconnecter votre corps à votre intellect. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

Pascale : Avant de rencontrer Alex, je me sentais vraiment coupée de mon corps et je ne le ressentais que par les souffrances. Je me demandais s’il fallait que je me mette au sport pour me reconnecter à mes sensations mais je ne trouvais pas la porte d’entrée. Même les massages que je m’offrais de temps en temps ne m’apportaient plus de sensation. Alors je suis allée vérifier si mes douleurs dans le ventre existaient toujours. Il fallait que je me réapproprie mon corps avant de me réapproprier ma sexualité.

Pourquoi passer par un « professionnel » plutôt qu’un amoureux ?

Parce que l’amoureux, je l’attends toujours ! (rires). Plus sérieusement, c’est la rencontre qui a fait l’occasion. Alex m’a proposé qu’on teste ensemble cet accompagnement sexuel et après le premier massage je me suis dit que ça pouvait être chouette de me connecter à ma sexualité par quelqu’un qui connaît le toucher. Il avait rencontré beaucoup de femmes victimes de viols et avait remarqué à quel point son toucher avait aidé la réparation. Et puis, je pense que c’était une bonne idée d’y aller sans qu’il y ait de sentiment pour être sûre de mes sensations.

On remarque tout de même que la limite entre l’accompagnement sexuel et la relation de sex-friends est très mince. Vous attendiez-vous à cette ambiguïté ?

Non. Je me suis beaucoup interrogée au début, quand il y a eu le premier « Je t’aime » au mois d’août. Je n’ai pas répondu notamment parce qu’Alex était en couple et que je ne m’y attendais pas. En plus,  je ne voyais pas comment je pouvais susciter de l’amour avec le corps que j’avais.

Croyez-vous réellement qu’un accompagnement sexuel puisse exister sans sentiment ?

Oui mais ça doit être un gros point de vigilance. Chez la femme, l’orgasme passe d’abord par l’ocytocine (communément appelée « l’hormone de l’attachement », NDLR). Je pense que c’est tout à fait possible à condition de borner les choses.

Les drames que vous avez vécus ont eu une incidence sur votre sexualité tout au long de votre vie de femme. Pourtant, vous parlez de votre expérience avec Alex de manière très décomplexée et détaillée…

C’est un vrai parti pris. Alex m’a suggéré de parler de la sexualité et au début je n’étais pas du tout partante car ce n’est pas simple de se mettre à nu comme je le fais dans le livre. Mais finalement, comment parler de l’accompagnement sexuel si on ne met pas de mots sur la sexualité ? Évoquer la sodomie, la fellation telle qu’on a pu les connaître ensemble c’est dire aux autres que ça existe aussi dans le beau, dans l’épanouissement.

La sodomie, l’orgasme prostatique, l’éjaculation dans la bouche : en neuf mois vous avez exploré des facettes très taboues de la sexualité…

C’est moi qui l’ai demandé à Alex. Je voulais tester ces choses pour savoir si ça me plaisait ou pas, alors autant le faire avec quelqu’un en qui j’avais confiance. Je lui ai proposé de faire un atelier « Liens » durant lequel mes mains étaient attachées, pour voir à quel point je lâchais mes prisons intérieures.

Si Alex accorde une grande importance au consentement sexuel, il insiste pour que vous vous masturbiez malgré votre réticence…

Il m’a surtout appris à dire « oui ». Mon premier rapport au sexe a été la violence, donc j’avais un chemin à parcourir pour aller vers un autre type de sexualité.

Il voulait que je sache pourquoi je n’aime pas la masturbation : parce que je l’avais vécue sans prendre de plaisir, et non pas à cause des représentations que je m’en faisais.

C’était ma liberté qu’il visait, mais de manière maladroite parfois.

Alex vous a proposé de ne payer que les massages et non pas les relations sexuelles. Comment viviez-vous ce rapport à l’argent ?

On n’était pas à l’aise avec ça. C’était la première fois qu’Alex était payé et que je payais pour faire l’amour. Au début, il pensait même proposer un forfait pour que cette question de la sexualité ne soit pas exempte mais qu’il y ait aussi une forme de liberté.

Vous tenez à différencier l’accompagnement sexuel de la prestation d’un escort-boy. Pourquoi ?

L’accompagnement existe vraiment : il y a de l’écoute, du dialogue, du toucher, de la progression, de l’éducation, la réponse à une problématique. Ce n’est pas pour combler une pulsion sexuelle.

Moi je sentais que cet accompagnement allait modifier mon ADN et le message enregistré de ce que j’avais vécu. Il y a une nécessité de construire des programmes de formation pour ça.

Pourquoi était-ce important pour vous de publier ce livre ?

Dès le départ, Alex m’a demandé d’écrire ce que je ressentais et j’ai compris que ça pourrait peut-être réparer les femmes un jour. Il y avait des étoiles dans les yeux des personnes à qui j’en parlais. Même chez les femmes en couple, je percevais qu’elles n’étaient pas forcément épanouies sexuellement mais qu’elles ne pouvaient pas en parler. Il m’a semblé important de délivrer le message du droit à la guérison.

Dans ce contexte de « guérison » justement, quels conseils donneriez-vous pour aider les victimes rongées par le sentiment de culpabilité ?

Trois réactions sont possibles et indépendantes de notre volonté lorsqu’on est victime d’une agression : le figement, le combat et la fuite. Ces réactions sont inhérentes à notre neurobiochimie.

Nous ne décidons pas de notre réaction. Celle-ci se passe en 11 millisecondes alors qu’une pensée en nécessite 300. C’est une réaction physiologique.

Dans mon cas, ce fut le combat.

Votre livre est aussi un cri du cœur envers le gouvernement qui refuse de légaliser l’accompagnement sexuel ?

Oui, je pense que c’est un objet également politique. À défaut de légiférer, je pense qu’il faudrait dépénaliser l’accompagnement sexuel. On n’a aucune référence dans la loi donc on en fait une approche par la prostitution. L’accompagnement sexuel existe mais de manière clandestine. Certains aimeraient le pratiquer mais n’osent pas parce que c’est illégal.

Vous évoquez « la femme que vous serez demain : une femme libre, puissante, autonome, fière de qui elle est, sachant pourquoi elle l’est ». Et aujourd’hui, qui êtes-vous ?

Je me suis posé la question il n’y a pas longtemps. Avant, je vivais ma libido avec beaucoup de jugement : je pensais que si j’acceptais la sodomie et la fellation, j’étais quelqu’un qu’on pouvait violer. Maintenant, je n’ai plus besoin de l’amour pour vivre une relation sexuelle. Je m’autorise beaucoup plus de choses même s’il m’a fallu du temps.

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